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L'improvisation dans le jazz

Dans le Dictionnaire du jazz (éd. Robert Laffont), à l'entrée improvisation on peut lire l'introduction suivante :

« Improvisation. Dans la plupart des travaux consacrés au jazz, l'improvisation est considérée comme un de ses éléments fondamentaux, au même titre que ses qualités rythmiques (son swing) et que ses propriétés sonores (sa phonétique). Ce point de vue est des plus discutables. L'improvisation est un aspect considérable du jazz mais non un aspect essentiel : les arguments qui militent en faveur de cette thèse ne manquent pas. »
L'auteur, L.M. (Lucien Malson ?), nous donne alors ces arguments :
1) Dans sa forme Louisianaise, le jazz était peu improvisé et surtout arrangé. L'improvisation collective arrivait surtout à la fin des morceaux.
2) Selon lui, l'improvisation serait apparue à la Nouvelle-Orléans en raison de l'illettrisme musical de nombreux pratiquants et du « Joyeux ludisme », ou ivresse ambiante d'une ville entre toutes, festoyeuse.
3) L'improvisation aurait pris de l'importance à partir des années 30 où les solistes étaient « adulés ». Puis elle s'est confortée avec les jam-sessions dès 1944.
4) Certaines œuvres importantes du jazz comme Concerto for Cootie de Ellington, Every Day de Basie et Crepuscule with Nellie de Monk ne sont pas improvisées et sont pourtant des œuvres de jazz.

Ces quatre arguments sont de bons exemples et prouvent bien que le jazz n'est pas qu'une musique improvisée. Je me permets ici néanmoins de lui répondre.

1) Le jazz du début était peu improvisé. Je le crois bien volontiers. Le Jazz avec un grand J, adopte aujourd'hui de multiples formes contrairement aux années 20. L'une d'elle se nomme Free Jazz et est basée sur l'improvisation, collective de surcroît. Le free-jazz est reconnu comme une branche importante du jazz, et sans improvisation, ce jazz là n'existerait pas. Il n'aurait pas vu le jour. Aussi les improvisations dans les années 1920, même si elles étaient courtes, ont pris de plus en plus de place et ont permis de faire évoluer le style, de le renouveler, de l'enrichir.

2) Il est fort probable que les musiciens de la Nouvelle-Orléans ne savaient pas lire la musique. Peu être cela les a forcés à développer leurs sens de l'improvisation. Peut être aussi, à l'inverse, le jazz étant une musique plutôt de tradition orale, ils n'ont pas jugé nécessaire d'apprendre à lire la musique, cela n'améliorant en rien leurs sens du rythme, de la paraphrase, de l'interprétation et de l'improvisation. Le jazz de cette époque étant une musique de danse, et donc une musique fonctionnel, savoir lire la musique n'améliorait pas son côté rythmique, sa transe ou son swing. Mais n'étant pas moi-même un bon lecteur, il se peut que je prenne partie.

3) L'improvisation dans le jazz a pris de l'importance à partir des années 30, puis s'est confortée avec les jams des années 40. C'est aussi ce qui fait du jazz une musique collective, une musique de partage. Dans la pratique même, c'est ce qui maintient une écoute attentive des musiciens entre eux et provoque l'interaction entre une section rythmique est un soliste, entre la basse et la batterie. C'est aussi un facteur de rencontre et d'échanges, en particulier depuis les années les jam-sessions au club Milton's qui ont permis à des musiciens d'exprimer les idées qu'ils avaient alors à propos du jazz, du rythme et de l'harmonie. Des idées communes qu'ils ont pu alors, expérimenter et confronter pour donner ce que certains ont appelé le be-bop.

4) Certaines œuvres importantes du ne sont pas improvisées et sont pourtant des œuvres de jazz. Je serais tenté de dire que c'est l'exception qui confirme la règle, mais ce raisonnement, bien que pouvant faire sourire, pourrait jeter le discrédit sur mes arguments précédents.
Tous les compositeurs de jazz savent improviser. C'est aussi le cas de nombreux autres compositeurs à des époques différentes, Bach ou Beethoven étant très réputés pour leur qualité d'improvisateurs. La fantaisie chromatique de Bach est probablement une improvisation écrite a posteriori et de nombreux compositeurs fixent sur papier leurs idées préalablement improvisées. Les compositeurs de jazz (et en particulier des maîtres comme Wellington et Monk) fonctionnent de la même manière, et la frontière entre idées improvisées et écrites est toujours floue. Aussi je ne saurais dire si l'improvisation est totalement absente des œuvres cités par L.M. (Lucien Malson ?). De plus, si les notes restent les mêmes, l'interprétation changent d'une version à une autre. Mais la question n'est pas ici de définir l'improvisation.

Aussi pour toutes ces raisons, il me semble que l'improvisation est un élément essentiel du jazz.

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