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La démarche de Steve Coleman

Steve Coleman, saxophoniste (alto, soprano), flûtiste et compositeur américain (Chicago, 20/09/1956). Fils d'un admirateur de Charlie Parker, il se passionne au départ pour le funk, le jazz puis les musiques traditionnelles (dictionnaire du jazz). Et toutes les autres musiques.

Je ne tiens pas à faire l'inventaire des éléments mélodiques et rythmiques qui composent sa musique, j'en serais bien incapable, mais cela aurait été fort intéressant. Je tiens à parler ici des bienfaits de sa démarche pour notre musique.

Que l'on apprécie sa musique ou qu'on ne la considère même pas comme telle, il est indiscutable qu'elle provoque chez l'auditeur des sensations rythmiques, harmoniques ou mélodiques nouvelles. Qui n'a pas ressenti un grand désarroi ou une euphorie montante, une haine profonde ou un amour démesuré (j'exagère peut-être légèrement…) à la première écoute ? Ces sensations sont par la suite atténuées avec l'habitude, comme lorsque l'on rentre dans une pièce sombre, et qu'il nous faut un temps avant de distinguer parfaitement les éléments qui s'y trouvent. Beaucoup de gens lui reprochent d'ailleurs cette obscurité de départ, une lumière inhabituelle, étrange, peu pratique finalement. Malheureusement, ce ne sont pas les maisons de disques qui feront l'effort de rester le temps qu'il faut dans cette pièce, afin de laisser leurs yeux s'habituer. La tendance serait plutôt à l'éclairage d'ascenseur ou de concessionnaire, opposé à celui d'une simple bougie. Bref, ses compositions sont parfois difficiles à écouter « à première vue ».


Or ce qui est respectable dans l'œuvre de Steve Coleman, c'est justement la volonté d'offrir une lumière différente, la volonté d'aller plus loin que ce qu'il y a déjà pour offrir de nouvelles sensations aux auditeurs et aux musiciens, pour faire évoluer notre bonne vieille musique. En s'inspirant de tout ce qui existe sur terre, que ce soit le nombre d'or, la Kabbale ou la nature, il démontre ainsi une grande ouverture d'esprit et une curiosité rare, qui lui permettent d'ouvrir de nombreuses voies dans la musique, aussi bien sur le plan rythmique que mélodique ou même spirituel.
Heureusement, d'autres avant lui ont été éclaireurs, que ce soit dans la musique dite classique, la musique concrète, le jazz, le rap, le reggae… Mais là où Miles Davis, par exemple, à composé des morceaux radicalement différents, allant du swing à la jungle (je pense surtout à son Live Evil et aux pattern de Jack DeJohnette), Steve Coleman semble jouer la même musique depuis le début. Une musique polymorphe, sans cesse enrichie par de nouveaux éléments, de nouvelles réflexions qui elles-mêmes peuvent servir de nouveaux points de départ vers d'autres musiques.

Pour connaître ses réflexions rien de mieux que d'aller sur son site internet ou d'acheter ses CDs, que vous trouverez aux rayons jazz ou jazz-machin. Car bien évidemment sa musique s'en retrouve inclassable par les revendeurs. Refusant lui-même l'appellation jazz, trop restrictive selon lui, il est cependant catalogué dans ce rayon, dû sans doute à ses premiers amours et à la place importante de l'improvisation dans son œuvre (Ce refus « d'appellation d'origine contrôlé » s'inscrit d'ailleurs dans la traditions poursuivie par le mouvement free jazz, œuvrant pour la promotion de la « Great Black Music »). Mais on est bien loin du chabada, du II-V-I, du blues, du free ou des progressions modales, bien que l'on retrouve tous ces éléments à un moment ou à un autre dans sa musique !
On l'a alors nommé chef du file du mouvement « M-Base », collectif américain né au début des années 80. J'y ai cru pendant longtemps. Lui-même s'en défend et n'a jamais tenu, il me semble, de propos allant dans ce sens. D'où le problème pour les maisons de disques de proposer sa musique fort peu commercialisable, d'autant plus qu'une bonne partie de ses œuvres est disponible gratuitement sur le net.


Pour conclure, je pense que Steve Coleman mérite un profond respect car c'est l'un des rares artistes à s'être sacrifié, et je pèse mes mots, à l'évolution du langage musical, au dépend de la popularité et du milieu musical mondain. Si chacun en faisait autant que ce musiciens-chercheurs-enseignant, la musique progresserait à une vitesse phénoménale dans les années à venir, et on nous servirait moins de plats surgelés, cuisinés en vitesse, mangés à la va-vite et mis au point dans des usines aseptisées par de la main d'œuvre bon marché.

 

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